mardi 16 mai 2017

Tic tac

« Les ventes aux enchères, en proposant parfois les mêmes catégories d’objets, permettent de fixer la cote des écrivains qui els ont possédés. Ainsi la montre en argent de Lewis Carroll a atteint la somme de £ 9.350, celle de G.K. Chesterton 1.100 seulement — toute deux ayant malgré tout  doublé la mise. Celle de Ian Fleming, qui avait été estimée à £ 1.500, n’en a fait que 880. »
Times, 15 décembre, repris dans Le Magazine Littéraire n° 273, janvier 1990
  Pourtant, dans les Bond, il y a toujours de grosses montres coûteuses…

mardi 9 mai 2017

Quand le Tenancier trouve une nouvelle histoire à raconter, c'est un peu comme ça :

« fort mauvais goût »

On sent que la mort devient de l’embarras avec l’âge, une perspective ennuyeuse, un sas vers le pourrissement : organes nobles ou matière grise, tout y passe. La postérité rassure les trouillards : « Créons, c’est l’heure, laissons des trucs et des machins derrière-nous avant le grand effroi, le pied qui dérape !... » Le morbide ressemble à un amusement adolescent ou une passion de vieillard qui « colifichise » ses attributs, une passion vaguement sexualisée. Elle se garde toutefois du puant et du sale — mais y’a des pervers, n'est-ce pas ? La mort s’avère plutôt un truc dégueulasse, un truc de mauvais goût et il devient donc normal de la traiter par le « fort mauvais goût ».
Tant mieux, pas de regret à avoir : il en est qui ont utilisé ce mauvais goût pour en faire un colifichet pour la postérité. L’auteur trouvait cela bien agréable. Il persiste à le penser, même si ça vaut dans les soixante-cinq boules pour les autres.


(Cliquez sur l'image pour savoir)

mardi 7 mars 2017

Pause qui pourrait durer, si...

A l'heure où un nombre conséquent de crétins prétend régenter nos existences au terme d'une farce électorale, considérant que l'attrait pour le présent blog s'amenuise en ces périodes et, de plus, se trouvant fatigué de toutes ces conneries, le Tenancier se vote une pause.
Après, elle pourrait fort bien durer s'il s'avère qu'un parti fasciste accède au pouvoir en France. Il serait à partir de ce moment-là, impossible de faire comme si de rien n'était et de donner des gages de normalité à des gens pour lesquels le soussigné voue un dégoût viscéral.
Cinq ans de vacances, c'est presque autant que sous l'Occup' !...
À bientôt, j'espère.

dimanche 12 février 2017

Lard-Frit

Revenons doucement aux affaires.
Cette période de méditation forcée m'a tenu quelque peu éloigné d'internet (vrai en 2009, ce qui n'est plus le cas en 2017), du moins de la contemplation de ce que font mes petits camarades. Dans un sens, c'est tant mieux.
On a donc pioché dans ce que l'on aime.
Citons pour cette rentrée dans l'atmosphère une production pas blogueuse pour un rond mais qui ravira les papivores qui sommeillent en nous. Il s'agit du site personnel de Jean-Louis Le Breton.
On laissera aux quelques curieux le soin d'approfondir les détails de la carrière(1) du personnage, lequel est aussi intéressant et, je le parie, aussi chaleureux qu'il le fut à l'époque ou je le croisais à Paris. Mézalormedirévou, pourquoi mentionnez-vous ce site ? C'est que Jean-Louis Le Breton fut l'immortel créateur de la revue Lard-Frit(2) et qu'il la propose de nouveau sur ce site au format PDF et de telle manière que vous pourrez reconstituer la série avec un petit coup de massicot ou de cutter, des agrafes, etc. En effet, les numéros sont présentés sous leur forme imposée ce qui signifie que les pages ont été distribuées de telle manière que vous pourrez reconstituer la succession des pages une fois imprimées et le cahier assemblé(3).


Voici donc une manière sympathique de s'initier aux joies de l'imposition de pages en commençant simplement et en enrichissant sa bibliothèque. Le soussigné Tenancier en est fort satisfait car il ne possède que quelques numéros originaux et dans un piteux état. Il faut certes aimer l'umour (oui, je l'ai bien écrit) Fluide Glacial car nombre d'illustrateurs et d'auteurs en sont issus : Ucciani, Carali, Leandri, Tignous...


Ces propos bien pesés et enveloppés, le soussigné retourne au découpage du n°9 de Lard-Frit, c'est dire qu'il n'a pas encore fini(4), car il y a encore les numéros spéciaux à faire.
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(1) - Tour à tour et dans le désordre : libraire, musicien, journaliste, écrivain, directeur de revue et immortel auteur de cet aphorisme : "Qui Bogdanoff Bogdabœuf" - on en oublie sûrement.
(2) - Lien sur le site lui-même.
(3) - On parlera de l'Imposition un peu après la notion de Justification... c'est à dire dans quelques temps, pour ne pas trop se mouiller.
(4) - Euh... non, pour rien, parce que c'est rigolo de faire des notes de bas de page.
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À ce billet publié en avril 2009 sur le blog Feuilles d'automne, il est nécessaire d'ajouter les divers commentaires qui ont suivi :
(5)- Euh (suite)... Tenancier, je ne vois pas les traits de coupe, vous cutterisez avec quelles marges ?
La lecture à l'écran, du fait de l'absence de foliotage dans cette revue en impose !
Je vois dans cette revue de J.-L. Breton une continuité partielle fort sympathique du combat de son arrière-grand-mère Maria Vérone. Mais bon, on y verra autre chose aussi, hein ?!
ArD
(6) - C'est vrai, ça : pas de traits de coupe ! Heureusement que j'ai un exemplaire original qui mes sert pour les dimensions. Cela prend un peu plus de temps, il est vrai.
J'ai transmis votre sibylline réclamation à l'intéressé, en espérant qu'il pourra y remédier à l'avenir.
Je ne connaissais pas la filiation avec Maria Vérone. Est-elle avérée ? Et sous quel jour la voyez vous, à la lumière de la couverture du n°4, ci-dessus ?
Nous sommes suspendus à vos lèvres...
Le Tenancier
(7)- L'intéressé ne pourra pas commettre grand chose, puisque selon toute apparence il s'agit de numéros scannés. Mais vous pourriez indiquer les dimensions de l'original.
La filiation avec Maria Vérone est établie sur le site que vous citez, chapitre Téléchargements. Je la vois notamment à la lumière du fond plus qu'à celle de la forme.
ArD
(52, parce que y'a pas de raison) - On pourrait tout de même rajouter des traits de coupe sur des images, je n'en vois pas l'incompatibilité foncière.
75 X 105 mm
Ah, je n'est pas été jusqu'aux téléchargements ! En revanche j'ai découvert quelques morceaux que je ne possédais pas de Los Gonococcos ce qui m'enchante...
Le Tenancier
Ah, cher, vous n'avez l'intégrale des Gonococcos ? Dont ce fabuleux "live" que j'avais en cassette et que j'ai malheureusement perdu (Jean-Louis, si tu passes par là, que tu me lis et que tu as encore une de ces cassettes, je suis preneur !!! Transmettre au Tenancier qui fera suivre ;-)
Quant à l'imposition, cela tombe bien, nous sommes bientôt à l'époque du premier tiers...
Otto Naumme
Seigneur Otto, l'avions paumée dans moult déménagements et séparations, ce qui fait que nous en sommes au même point : nibe de cassette ! Mais en cherchant bien, je pense que l'on peut reconstituer dans son intégralité cet élément du Patrimoine Mondial, rien de moins, en surfant un peu. Cela tombe bien, me suis laissé entendre dire que vous aimiez les chemises hawaïennes.
Pour le sujet de l'imposition, vous êtes viré, mon vieux...
Le Tenancier
En tous cas, ça rappelle le bon vieux temps...
Celui d'une certaine radio de ma connaissance où, si je me souviens, nous fîmes justement connaissance de l'ami Jean-Louis...
Oh con, putaing con, donc... (que j'ai toujours le 45t original, là, par contre, avec le mythique Goldorak lou Larzem)
Otto Naumme
Moi tout pareil idem !
Le Tenancier

Accordéon

Accordéon : Chapeau gibus. Il se replie et s'allonge comme l'instrument de ce nom.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

samedi 11 février 2017

C'est un bon début, continuons les coups bas...


Voir aussi par

Une historiette de Béatrice

Lumière éteinte, le bac à 1 euro rentré, la veste enfilée, le sac en bandoulière et les clés à la main je me dirige vers la porte. Il rentre et me demande:
 « Les livres sur la religion c'est dans quel coin ? Vous allez bien rallumer pour moi! ».

Accent

Accent : Crachat, signal convenu entre les voleurs (Vidocq.) V. Arçon.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Accent : Crachat. Synonmye de arçon. V. ce mot.

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894



(Index)

jeudi 9 février 2017

Carnet permanent du livre

ArD et le Tenancier, ici, inaugurent une nouvelle page qui réapparaîtra au gré de ses ajouts. Il s’agit ici d’une recension de sites qui évoquent les techniques du livre. On enjoint nos lecteurs à nous suggérer (dans les commentaires) tout lien menant vers la typographie, la codicologie, la bibliophilie, etc. Chaque ajout (après vérification) sera l’occasion d’une remise en avant de ce billet qui le sera de toute façon périodiquement, histoire de ne pas le perdre de vue...
Derniers ajouts : La part de l'ange & Pointypo (typographie), Reliure et autres explication à Trôo (Reliure)



CODICOLOGIE

CODICOLOGIA
    Essentiellement tourné vers le manuscrit ancien. Comprend un glossaire.



O
RTHOTYPOGRAPHIE


ORTHOTYPOGRAPHIE
    Lexique des règles typographiques françaises.



RELIURE

RELIURE ET AUTRES EXPLICATIONs À TRÔO
    Journal de bord d'une artisan-relieur.


 
TYPOGRAPHIE

LES BIBLIOTHÈQUES DE L'ÂGE DU PLOMB

    Regroupe des catalogues de fonderies et des ouvrages traitant de la typographie.

LA PART DE L'ANGE
    Autour du graphisme et de la typographie.

POINTYPO
    Actualité de la typographie et du graphisme.



Merci de signaler les liens morts

Ronde de nuit


Lundi

Propre sur lui, rillettes sous le bras, c'est le matin. Ça sent le sabot de frein qui chauffe, qui chauffe, le crescendo du moteur électrique, le ding ding du départ, le claquement des portières. Le banc en bois à cette couleur blonde d'un été perpétuel dans les souterrains. La rame Sprague avec quelques à-coups s'enfonce dans la bouche du tunnel.

Chapitre I
Cela avait commencé un matin de juillet. Le soleil s'était levé tôt dans la brume matinale, et les pavés humides fumaient déjà un peu. L'air, dans les rues, était stagnant, sans vie, et sentait le renfermé. Il venait de faire un mois épuisant, un mois de chaleur intense, de cieux arides et de vents chauds, chargés de poussières.
(James Hadley Chase : Pas d'orchidées pour Miss Blandish)

Retour le soir, hâve, derrière la vitre au verre soufflé légèrement déformé dans les coins. Somnolence... le voisin sent le rance.

Mardi

Bruit de raclement de la tirette juste à hauteur des oreilles, sur le banc au dossier bas, couleur prune, "plaisir d'offrir, joie de recevoir" : bruit de graviers dans la boite en fer blanc de Pastilles des Vosges. La rame arrive avec une voix de basse qui se transforme en un sombre hululement au moment du freinage.
Chapitre premier
En amorçant la descente de Bicêtre, j'ai levé le pied, pas mécontent. A ma vue, les lueurs de la place d'Italie scintillaient déjà.
De 120 l'aiguille du compteur a décliné vers les allures honnêtes, pour se fixer à 80, vitesse qui peut à quatre plombes du mat' s'admettre chez un homme pressé, et risque rarement d'induire le motard désœuvré en tentation de courette.
(Albert Simonin : Grisbi or not grisbi)

Le soir, sous les yeux, à une quinzaine de centimètre des yeux, un France Soir comme un mur : photos, manchettes, strips, faits-divers. Les frères Aranci arrêtés, héroïne, ou alors Paul Leca, la Bégum, l'air des bijoux. Terminus. Sirène.

Mercredi

Sol noir avec des reflets de mica, carrelage oblong blanc biseauté. Cabane du chef de station au centre du quai.
On lève les yeux : "Aux utiles de cul", les places numérotées, oui... Arrêt au milieu du tunnel, contre une bande rouge qui marque les limites d'un canton sur cette portion de ligne. Du moins le pense-t-on.
I
Sommeil du petit jour ; le plus profond.
Perdue au fond du lit à couette, elle mit du temps à émerger. On tambourinait et on l'appelait.
- Annette !... Annette, réveille-toi !
La voix de sa mère. Et, de nouveau le tambour contre la porte de sapin.
- Oui !
Elle alluma à la poire du lit, se leva, ouvrit.
- Les gendarmes, dit la mère.
- Quoi ?
- Ils sont en bas. Il veulent te parler, à toi.
- A moi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je ne sais pas. Il est peut-être arrivé quelque chose à André.
Coup de bélier dans les veines. Annette passa machinalement sa robe de chambre... Les planches du parquet de sapin rouge craquaient à chaque pas et, dans ce chalet en location, tout sentait la résine, la fumée de bois et l'encaustique.
(Jean Amila : Noces de soufre)

Le retour. On regarde cette grande blonde un peu chevaline. On fait ses plans pour l'aborder. On rêve de lui ramasser son sac bousculé jusqu'au sol par un virage un peu trop rapide de la rame. Mais on n'ose même pas lui céder sa place...

Jeudi


Dubo Dubon Dubonnet - Dubo Dubon Dubonnet - Dubo Dubon Dubonnet - Dubo Dubon Dubonnet - Dubo Dubon Dubonnet - Dubo Dubon Dubonnet - Dubo Dubon Dubonnet - Ça, c'est Paris !
Chapitre premier
Hank comptait l'argent empilé devant lui. Le gros paquet. Cent cinquante billets tout neufs de dix dollars. Il dévisagea Jackson d'un oeil jaune et froid.
- Tu m'en donnes quinze piles, c'est bien d'accord ?
Il tenait à mettre les choses au point. les affaires sont les affaires;
C'était un individu de petite taille, soigné de sa personne, brun de peau, le teint brouillé, le cheveu rare et aplati. Très "homme d'affaires".
- Exact, répondit Jackson. Quinze cent dollars.
Très "homme d'affaires", lui aussi.
(Chester Himes : La reine des pommes)

Soir. Fini. La semaine s'arrête ici, au milieu de gosses et de leurs parents. C'est jeudi. C'est jeudi soir. Demain il part une semaine au pays. Il ne sait pas encore ce qu'il va emporter à lire dans le train.
La rame s'arrête : Porte Champerret, la nuit, les réverbères jaunes et le crachat noir de l'échappement d'un autobus à plate-forme à la hauteur de la bouche de métro...


(Billet paru sur le blog Feuilles d'automne en mars 2009)

mercredi 8 février 2017

Académicien

Académicien : Littérateur surranné. — Injure inventée par les romantiques échevelés de 1830 qui avaient pour principaux adversaires les membres de l'Académie français restés fidèles au genre classique. On ne se doute plus aujourd'hui de la fureur grotesque qui animait les deux partis. V. Mâchoire.
Et cet exemple, des plus curieux, donnera une idée des luttes dans lesquelles on se jetait à la tête le mot d'académicien. Nous le prenons dans une brochure d'Alexandre Duval, académicien et chef du parti qui rendait M. Victor Hugo responsables des passions romantiques.
« Ce que je rapporte ici, je l'ai vu, de mes propres yeux vu. A certaines représentations, on se trouvait environné d'hommes effryants dont le regard scritateur épiait votre opinion, et si, par malheur, votre figure indiquait l'ennui ou le dégoût, ils vous attaquaient par l'étiquette d'épicier, mot injurieux selon eux, qui signifie dans leur argot, stupide, outrageusement bête ; mais si vos cheveux étaient blanchis par le temps, alors vous étiez des académiciens, des perruques, des fossiles, contre lesquels on vociférait des cris de fureur et de mort. Je vous assure, monsieur, qu'il n'uy a rien d'exagéré dans ce tableau d'une première représentation romantique. Tout Paris vous en attestera la vérité » (De la littérature dramatique, lette à M. Victor Hugo, par Alexandre Duval, Paris, 33.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

dimanche 5 février 2017

10/18 — William S. Burroughs : Les cités de la nuit écarlate




William S. Burroughs

Les cités de la nuit écarlate

Traduit de l'américain par Philippe Mikriammos

n° 1622

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Volume sextuple

408 pages (416 pages)
Dépôt légal : mars 1984
Achevé d'imprimer : mars 1984
ISBN : 2-264-00594-7


(Contribution du Tenancier)
Index

vendredi 3 février 2017

« Cette catégorie de lecteurs a été fabriquée récemment par les éditeurs »

Si vous deviez présenter ce livre à un adolescent d’aujourd’hui, que lui diriez-vous ?
 
Un adolescent ? En littérature je ne connais pas d’adolescent. Cette catégorie de lecteurs a été fabriquée récemment par les éditeurs. Conrad n’écrivait pas pour les adolescents, il écrivait pour tous ceux qui sauraient le lire. Celui qui quitte les livres pour enfants entre dans la littérature. Il y a une initiation, dans Au cœur des ténèbres, une initiation à la présence du Mal. Ce voyage peut se faire à treize ans comme à quatre-vingt-dix. Et si l’adolescence est le passage à l’âge adulte, alors elle n’a qu’un seul intérêt, c’est précisément d’osciller entre ce qui l’attend, le monde auquel elle va devoir prendre part, et le monde qu’elle vient de quitter, celui des livres pour enfants. Il y a une seule réalité, une seul — c’est la rencontre avec l’horrible ambiguïté de Kurtz qui nous dit : faites-moi justice.
 
Interview : Mathias Énard, pourquoi aimez-vous Au cœur des ténèbres.
(in : Joseph Conrad — Au cœur des ténèbres — Garnier-Flammarion)

mercredi 1 février 2017

Absorption

Absorption : Repas offert à la promotion ancienne de l'École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennelité. — « L'absorption, c'est la réunion annuelle dans laquelle anciens, conscrits et antiques fraternisent aux lueurs du punch et aux glouglous du vin de Champagne. Elle a eu lieu le jour de la rentrée des anciens. » (G. Maillard, 66.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

mardi 31 janvier 2017

Une distraction au début de la nuit

La mémoire d'un libraire est souvent encombrée de choses inutiles.
Ce sont les charmes du métier.
Ainsi, celle du Tenancier est parfois hantée par certains titres de livres ou de nouvelles, qu'il n'a pas forcément pris la peine de lire, d'ailleurs. Saveur particulière qui s'apparente au distique, au haïku, poésie brève, saveur qui mène à imaginer parfois tout autre chose que ce qui est énoncé dans le récit. Et souvent, lorsque la rencontre s'effectue, l'on ressent comme une sorte de trahison quand ce n'est pas la plupart du temps de la déception. Quelquefois, il y a d'heureuses surprises.
Voici un bout de la comptine du Tenancier - il en garde d'autres dans un autre écrin car il n'en a pas encore épuisé les étranges saveurs :

— Les jambes d'Émilienne ne mènent à rien
— Qui livre son mystère meurt sans joie
— Violoncelle qui résiste
— Tous les morceaux de la rive du fleuve
— Donnez-moi le temps

Ce billet publié en mars 2009 sur le blog Feuilles d'automne est l'occasion de vous demander quels sont les titres qui composent votre comptine personnelle.

samedi 28 janvier 2017

Un quart d'heure de typographie

[...] « Il accepte de donner à Manuel, non des conseils, mais des indications élémentaires sur la manière dont il faut s’y prendre pour imprimer des livres. La leçon ne dure pas plus d’un quart d’heure. Il débite très vite quelques généralités sur le plomb et l’offset, qualifiant le premier de noble et de tyrannique, le second de cochonnerie de l’avenir. Il montre ses casses, plonge les mains dans les tiroirs et joue avec les caractères : il parle de l’œil et de la graisse. Manuel ne sait pas encore, mais il va apprendre, ce qu’est le plaisir, parfois même le trouble charnel que procure le contact du plomb, son poids, sa douceur, quand il se réchauffe comme un corps vivant et pourtant résistant sous la paume : quand son toucher, insensiblement, devient caresse. FG lui montre des formes, prêtes au tirage, des lignes de linotypie, qu’il a  fait composer à façon pour des livres trop importants dont il ne pouvait assurer seul la composition. Manuel ne sait pas encore, mais il va apprendre, ce qu’est une linotype, cette énorme machine à écrire aux touches innombrables larges comme des dominos, cet orgue de l’écriture où le plomb en fusion circule comme l’air dans les tuyaux de l’instrument de musique pour tomber en lignes brûlantes dans un bruit bref et déchirant d’arc électrique. Il ne sait pas encore que le bon linotypiste, comme l’organiste, connaît des moments de maîtrise et de plénitude, une jouissance incommunicable, qui l’élèvent au-dessus du commun et le rendent, pour le reste, fermé, indulgent et souverain. FG lui explique le registre et la mise, le clichage et le galvano, et les différents types de machines, les presses à plat, à cylindre et à retiration, les formats de papier et pourquoi il y a des demi-jésus et des doubles-raisins ; c’est tout juste s’il ne lui récite pas les dangers du saturnisme.
    Pour finir, il lui lance un catalogue d’imprimeur, comme il existe des milliers, un de ces cahiers de spécimens et où l’on trouve, répétées à chaque page, dans tous les caractères, les corps et les graisses disponibles, la même phrase insipide et tronquée, ainsi qu’un bref mémento des signes de correction dont, pour la majorité, on ne se sert jamais.
    — Avec ce qu’il y a là-dedans, vous en saurez largement assez. Rappelez-vous qu’il n’y a que trois familles de caractères, et pour faire des livres vous n’aurez à en utiliser que deux, les elzévirs et les didots, tout le reste en est plus ou moins dérivé. De toute manière, vous serez bien forcé de prendre les polices que vous trouverez chez votre imprimeur. Il y a peu de caractères vraiment laids, il n’y a que des caractères qui ne vont pas ensemble. Et aussi quelques caractères prétentieux. Rappelez-vous encore que pour les titres, comme pour les affiches, vous aurez à vous défendre de tous les imbéciles que l’on rencontre dans ce métier : ce n’est pas parce que c’est écrit gros que ça se voit.
    » Maintenant, vous en savez autant que moi. Tout le reste est affaire de bon sens personnel, d’habitude et, bien entendu, d’étude attentive des devis des imprimeurs. Vous me les montrerez.
Son sourire tourne à la jubilation farceuse. Muni de ses bonnes paroles, comme d’une bénédiction, Manuel, décontenancé, se retrouve une fois de plus dans le froid de la rue déserte. Aucun de ses conseils ne lui sera d’une quelconque utilité pratique. Mais c’est pourtant à cet instant-là que Manuel devient éditeur. Trois mois plus tard, au printemps commençant, il apporte à FG un exemplaire de son premier livre.
    — Je croyais, dit FG, que vous vouliez éditer de la poésie. »
  François Maspero : Le Figuier (1988)

Absinthe, Absinthé, Absintheur, Absinthier

Absinthe (faire son) : Mélanger l'eau avec l'absinthe, selon certaines règles.
« Il y a plusieurs manières de faire son absinthe : — La plus ordinaire est la hussarde (en versant goutte à goutte). Les militaires de l'armée d'Afrique ont inventé la purée. La purée se fait très rapidement, presque sans précautions, et par le simple mélange d'une quantité d'eau égale à la quantité d'absinthe. L'amazone se fait comme la hussarde, seulement on ajoute deux cuillerées à café de sirop de gomme. La vichy (V. Bavaroise, Suissesse), moitié absinthe, moitié orgeat, et quantité ordinaire d'eau. La bourgeoise (appelée aussi panachée), dans laquelle l'orgeat est remplacée par de l'anisette. » (Almanach du Hanneton, 67)

Absinthé (être) : Être ivre d'absinthe.

Absintheur, Absinthier : Buveur d'absinthe, débitant d'absinthe. V. Perroquet.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

vendredi 27 janvier 2017

La vie ce n'est pas si mal que ça !


Robert Crumb

10/18 — William S. Burroughs : La machine molle




William S. Burroughs

La machine molle

Traduit de l'anglais par Mary Beach
adaptation de Claude Pélieu

n° 545

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Volume triple

191 pages (192 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Dépôt légal : 1er trimestre 1971
Achevé d'imprimer : 25 janvier 1978
ISBN : 2-264-00878-4


(Contribution du Tenancier)
Index

Abracadabrant

Abracadabrant : Merveilleux, magique, d'abracadbra, mot employé dans les anciennes conjurations cabalistiques. « Le flûtiste Gerold doit exécuter les variations les plus acadabrantes.» (Figaro, 67.) « C'est écrasant, renversant, horripilant, abracadabrant, de plus en plus fort. » (Almanach du Hanneton, 67.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

10/18 — Jack London : La Vallée de la Lune /2




Jack London

La Vallée de la Lune

Traduction de Louis Postif
revue et complétée par François Postif
Préface de Francis Lacassin

TOME SECOND

n° 865

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Série « L'appel de la vie »
Volume triple

441 pages (448 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Dépôt légal : 2e trimestre 1974
Achevé d'imprimer : 22 mai 1974

TABLE DES MATIÈRES

Avertissement :
« La Vallée de la Lune a paru pour la première fois aux éditions G. Crès en deux volumes :
Le Tourbillon (1926)
et La Vallée de la Lune (1928)
    Tous deux ont subi de nombreuses coupures d'une phrase à un chapitre, pratiquées surtout dans les critiques du régime capitaliste et de la religion.
    Le rétablissement des passages censurés, une soixantaine de pages au total, fait de notre édition la première intégrale de La Vallée de la Lune en français. »

Préface : George Sterling et la colonie littéraire de Carmel, par Francis Lacassin [7 — 16]

La Vallée de la Lune [17 — 441]

Table du Tome second [443 — 444]


(Contribution du Tenancier)
Index 

10/18 — Jack London : La Vallée de la Lune /1

 



Jack London

La Vallée de la Lune

Traduction de Louis Postif
revue et complétée par François Postif
Préface de Francis Lacassin

TOME PREMIER

n° 864

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Série « L'appel de la vie »
Volume triple

440 pages (448 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Dépôt légal : 2e trimestre 1974
Achevé d'imprimer : 22 mai 1974

TABLE DES MATIÈRES

Avertissement :
« La Vallée de la Lune a paru pour la première fois aux éditions G. Crès en deux volumes :
Le Tourbillon (1926)
et La Vallée de la Lune (1928)
    Tous deux ont subi de nombreuses coupures d'une phrase à un chapitre, pratiquées surtout dans les critiques du régime capitaliste et de la religion.
    Le rétablissement des passages censurés, une soixantaine de pages au total, fait de notre édition la première intégrale de La Vallée de la Lune en français. »

Préface : La Vallée de la Lune, ou Le rêve changé en fumée, par Francis Lacassin [7 — 28]

La Vallée de la Lune [31 — 438]

Table du Tome premier [439 — 440]

Liste alphabétique par nom d'auteur des ouvrages disponibles [442 — 448]


(Contribution du Tenancier)
Index 

Aboyeur

Aboyeur : Crieur de bazar ou de vente publique, canardier (V. ce mot), homme chargé d'appeler les prisonniers au parloir. — Allusion au retentissement obligatoire de sa voix. « L'aboyeur est le factotum de la prison ; il a la permission d'aller partout. » (Rabasse.)



Aboyeur : Crieur dans les bazars, les ventes publiques ou dans les rues. Dans les prisons, le détenu qui appelle les prisonniers.

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894



Aboyeur n.m. Détenu chargé d'appeler depuis le rez-de-chaussée de la division les prisonniers réclamés au parloir par leurs avocats, ou dans les services administratifs de la prison.
Déjà ainsi nommé à l'époque de Vidocq ○ EXEMPLE : L'aboyeur vient de bonnir ton nom, c'est ton débarbot qui te demande. (Indiqué en ce sens dans le Larousse encyclopédique.)

Albert Simonin : Petit Simonin illustré par l'exemple (1968)

(Index)

mardi 24 janvier 2017

Une charade multiple

Allez, le Tenancier sait que cela vous manque alors il vous soumet cette fois-ci une charade multiple qui ne provient pas comme d’habitude de sa vieille collection du Mercure. Il s’agit ici de trouver trois solutions. Les deux premières sont relativement aisées. La troisième est absolument capilotractée. Cela nous plaît.
 
Mon premier sert aux jeux de l’amour,
Mon second sert à d’autres jeux,
Mon tout fut un grand général.
 
On attend vos propositions dans les commentaires...

lundi 23 janvier 2017

10/18 — Williams S. Burroughs : Queer




William S. Burroughs

Queer

Traduit de l'américain par Sylvie Durastanti

n° 1903

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Volume triple

159 pages (160 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Dépôt légal : février 1988
ISBN : 2-264-01096-7


(Contribution du Tenancier)
Index

Abouler

Abouler : Arriver. Mot à mot, bouler à. Du vieux mot bouler : rouler. — La langue régulière a dans ébouler le pendant d'abouler. — ° Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quant bon leur semblera. » (Labiche.) Voyez Bocson.
Le pantre aboule ;
On perd la boule,
Puis de la tole on se crampe en rompant
(Lacenaire, Mémoires, 36.)

Abouler : Donner. — « Mais quant aux biscuits, aboulez. » (Balzac, Père Goriot.) — « As-tu de l'argent ? (Je fis signe que oui.) Aboule. Je luis donnai cent sous. » (Commentaires de  Loriot.) « Allons, allons, vieux crocodile ! ne faisons pas tant d'esbrouffes et aboulons simultanément aux voltigeurs les chameaux qu'il a besoin... pour sa consommation. » (Légende d'un caricature de 1830 sur la prise d'Alger.)

Abouler de : Venir de. V. Mômir.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Abouler : Donner, remettre. Venir.

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894



Abouler (du pognon) : Donner de l'argent. Ex. : Aboule ton pèze.

Géo Sandry & Marcel Carrère : Dictionnaire de l’argot moderne (1953)



Abouler v.a. Verbe transitif dans le sens de donner, remettre de l'argent, intransitif dans celui de venir.
Déjà employé par Vidocq dans les deux sens.
EXEMPLE : 1. Le book me doit deux cigues, faudra qu'il les aboule. 2. On avait rencard avec Victor à dix plombes, il va pas tarder à abouler
A tendance à passer dans le langage populaire, déjà indiqué en ce sens dans le Petit Larousse.
Étymologiquement, semble être de la même famille que « bouler » (voir l'expression « envoyer bouler ») et « débouler ». Par adjonction au premier mot du préfixe a qui indique la direction (existe ainsi dans amener, accourir, etc.)
Albert Simonin : Petit Simonin illustré par l'exemple (1968)

(Index)

dimanche 22 janvier 2017

Une historiette de Béatrice

Ça fait 20 minutes qu'ils sont entrés et papotent. Il regarde les vieilles revues, elle les vieilles reliures. Il choisit un numéro, le lui montre, les palabres commencent. Il me demande le prix. En choisit deux, les repose. Elle lui montre l'heure et ronchonne. Il continue, tout en lui parlant. Et elle en marmonnant.
Heureusement qu'ils parlent portugais (sauf pour me demander les prix), sinon je crois que ça m'aurait vite énervée

samedi 14 janvier 2017

La migraine



Un compte à rebours était enclenché, la mission 33 pouvait démarrer.
Foin du rebours, il fallait régler certains comptes, ah ça oui ! Une heure passa ; rien. Tandis que l’éclisse de l’heure 2 se dilatait, le silence ramollissait la douceur de la nuit. La fenêtre entrebâillée, l’air frais s’y insinuait sournoisement. Les choses de la nuit entamaient leur danse macabre, il fallait songer à leur tordre le cou pour… les régler avec efficience et diligence. Les certitudes de la nuit ont parfois la vie amère et donnent des migraines. Ces migraines qui ressemblent à un chapelet que l’on égrène les jours de souffrance, en boucle comme un Je vous salue Migraine, mère de tous mes maux, dans l’espoir fou que ces petites boules cèdent sous la pression des doigts et se brésillent. Une migraine qui deviendrait poussière.
La nuit chut. La pesanteur l’avait littéralement plaquée au sol… une flaque noire que le libraire en chambre enjamba allègrement. Cette journée-là, il rendrait hommage à son amnésie volontaire, c’était décidé. Le rayon de soleil agirait comme un torpeuricide. Enfin, du blanc. Il était sauf.
Le répit fut sec.
La migraine est obscène, elle s’infiltre dans la tuyauterie du parenchyme, se gorge dans la scissure de Rolando et suinte enfin dans le nerf ophtalmique. Flasque, visqueuse, tentaculaire, elle décharge, elle inonde, son incontinence est féconde. Le compte à rebours de l’agonie du libraire se déclenche. Des œillets de son corset cérébral s’extirpe une essence de vie. Il est exsangue.
Si près de la mort, la voie Céleste ne lui laisse pas le loisir d’observer la météo des anges. L’ascension verticale lui était désormais plus chère que l’exploration des voies latérales : plus de temps pour la radioscopie des creusets, le trépan et le scalpel étaient désormais les instruments favoris pour le débarrasser de la gangue des humeurs noires que cette migraine aura produites par la voie Fatale.



C’était : La migraine, ou L’antichambre du libraire.

Texte : ArD
Illustration : Sabine Allard

(Publié en 2009 sur le blog Feuilles d'automne)

Aboulage

Aboulage : Abondance. (Vidocq.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

vendredi 13 janvier 2017

10/18 — William S. Burroughs : Les derniers mots de Dutch Schultz




William S. Burroughs

Les derniers mots de Dutch Schultz

Traduit de l'anglais par Mary Beach et Claude Pélieu

n° 921

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Volume triple

180 pages (192 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Achevé d'imprimer : 5 mars 1975


(Contribution du Tenancier)
Index 

Abominer

Abominer : Haïr. V. Bosco.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881

(Index)

Une historiette de Béatrice

« — Bonjour, vous avez des Bob Morane ?
Je lui montre l’étagère où se trouvent les quelques exemplaires en ma possession, et lui, sans même regarder les titres :
— C’est tout ?
— Oui, c’est tout, monsieur... »

Une fable express du Tenancier

Chaque fois que vous demandiez votre chemin à ce zoroastrien bavard, ses explications tellement abondantes et vagues vous orientaient dans n’importe quelle direction.

Moralité :

Le parsi parla.

Abloquer, Abloquir, Ablotier

Abloquer, Abloquir : Acheter en bloc. (Idem.) — Du vieux mot bloquer.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881





Abloquer, Ablotier : Acheter.

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894

(Index)

mercredi 11 janvier 2017

Une nouvelle devinette, pour vous désennuyer...

Cette fois-ci, il s'agit d'un logogriphe, toujours tiré de la collection des vieux Mercure de France du Tenancier, datant de 1789 :
Veut-on m'avoir sans queue : on me présente aux Grands ;
Veux-on m'avoir sans tête ? on s'adresse aux Marchands.
(Par M. Le Grand)
Comme d'habitude, on attend vos réponses dans les commentaires.

Le Tenancier est une tête de lard

(Plus de renvois au sites évoqués dans ce billet qui date de janvier 2009 sur le blog Feuilles d'automne, d'ailleurs beaucoup de ses indications sont obsolètes. Fidèle aux affirmations selon lesquelles le Tenancier serait une couleuvre, il vous livre ceci brut de décoffrage. Démerdez-vous.)

Le Tenancier a ses têtes.

En somme, c'est bien parce qu'il a cette lubie qu'il se dispense de tenir pignon sur rue, mais qu'il se comporte en reclus dans un appartement sis au 3e étage d'un immeuble nanti de chauffage, eau courante et lumière a giorno lorsque cela lui chante. Ainsi, peu exposé à la prédation des courants d'air froid, il se dispense allègrement d'accueillir quiconque dans une boutique obscure et se prélasse devant les écrans, à médire, cela va de soi.

Le Tenancier est un flemmard.
Non content de vivre comme un reclus, il refuse tous les désavantages du sybaritisme, comme l'ascèse et l'absence de musique. C'est donc dans le plus grand confort, boîte de chocolats à portée de main, qu'il examine les blogs que son index boudiné et bagué d'un rutilant anneau d'or désigne d'un clic quelque peu compassé.

Le Tenancier est élégant.
Ce n'est pas lui qui se revêtirait de peaux de bête, comme les livres anciens. Il a sa dignité et, accessoirement, se prémunira contre les devins de salon qui tentent de connaître son âge. Ce ne sera plus le cas pour les manuscrits et livres anciens. Le curieux voudra bien aller voir du côté de Bibliobs et de ce singulier article qui relate le projet, point si farfelu, de prélever l'ADN des reliures pour pouvoir enfin dater certains ouvrages. Le Tenancier se met à aimer la science lorsqu'elle aide à comprendre. En l'occurrence, on espère en savoir un peu plus sur la circulation des livres et leur provenance.

Le Tenancier est acariâtre.
Mais il ne lui viendrait pas à l'idée de tirer des cartouches à blanc. Ce n'est pas le cas de la République des Libres ou l'ineffable Montaigneàcheval joue quotidiennement au desperado dans le grand canyon. Cependant, parfois, l'on y rencontre quelques informations littéraires. Inutiles, bavardes, tronquées ou dithyrambiques... les notes de ce blog vous feront perdre votre temps. Mais vous êtes déjà ici pour cela. Alors, un peu plus, un peu moins ailleurs...

Le Tenancier aime la culture.
Surtout en bouillon. Sinon, il se reporte à Livrenblog pour tout savoir sur ce qu'il est censé connaître depuis belle lurette : Tailhade, Han Ryner, Harry Alis, tout ces trucs et ces machins bien encombrants dès que l'on se mêle de parler de vraie littérature, celle d'avant.

Le Tenancier est plutôt technophobe.
Ainsi, il s'empressera de commander les numéros du bulletin des amis de Saint-Pol-Roux vanté par Les Féeries Intérieures, même s'il continue de fréquenter par ailleurs le dit blog. Mais son doigt boudiné fatigue. Nul doute qu'un livre en vrai papier saura le délasser de son ennui. On espérera que le sucre contenu dans le chocolat n'aura pas aboli entretemps ses capacités visuelles.

Le Tenancier est oublieux.
C'est ainsi que certains blogs n'apparaîssent pas dans cette rubrique alors qu'ils avaient été programmés. C'est comme ça. Ce sera pour la prochaine fois.

Le Tenancier radote.
C'est pour cela, qu'il prend des mesures pour ne pas en laisser paraître. A cette fin, il a rajouté une liste permanente de quelques blogs soigneusement choisis par lui-même, au pied de notre blog à nous. "Et Henri Lhéritier", allez-vous me dire : "Y'a pas Henri". Non, y'a pas. C'est de sa faute. La façon dont a été construit son blog ne permet pas de l'actualiser dans cette liste. Il nous a vu venir, c'est encore une façon d'obliger ses contemporains à parler de lui. Bravo Henri, fair play !

Le Tenancier est un exploiteur.
Il vous l'a déjà démontré en faisant bosser les autres à sa place sur ce blog. Mais il est comme les Blues Brothers, il est envoyé par le Seigneur. On le louera donc. On peut également lui envoyer quelques bouteilles de chez Henri, ou quelques Bourgogne, il aime aussi.

Le Tenancier retourne se coucher.
Il le mérite.

Abéquer, Abéqueuse

Abéquer : Nourrir. (Idem.) — De l'ancien mot abécher : donner la becquée.

Abéqueuse : Nourrice. (Id.)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Abéquer : Nourrir. Abéqueuse, nourrice

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894

(Index)

mardi 10 janvier 2017

Léon-Paul Fargue, Marcel Proust et la Bibliothèque nationale

Sur sa page Facebook, aux alentours du 5 janvier, la Bibliothèque nationale de France à publié les cartes de lecteurs de certains écrivains, philosophes ou personnalités qui la fréquentaient. On y trouve :
— Hannah Arendt
— Julien Cain
— André Breton
— Nathalie Sarraute (orthographié « Natalie » sur la carte)
— Michel Galabru
— Stefan Zweig
— Marguerite Yourcenar
— Aimé Césaire
— Gaston Bachelard
Comme le hasard fait bien les choses, votre Tenancier a fait l’emplette il y a peu, chez son nouveau bouquiniste, d’un petit recueil de Léon-Paul Fargue intitulé Merveilles de Paris, une série d’articles destinés à l’origine au magazine Voilà au milieu des années 30. Et voici que l’on tombe sur l’article consacré à la Bibliothèque nationale :
«    Il y a une quarantaine d’année, quand on avait l’honneur de se présenter à la Bibliothèque nationale, on faisait voir sa carte renouvelable, au fonctionnaire encastré dans la petite guérite de l’entrée. On traversait ensuite toute la salle d’un pas légèrement solennel, et l’on s ‘arrêtait devant le bureau central où l’on recevait, des mains d’un autre fonctionnaire, un numéro de place, blanc ou vert, selon le côté. On gardait généralement son côté, et l’on retrouvait immanquablement sa place »
Ainsi Fargue raconte qu’il se retrouvait à côté de Maurras, complètement sourd et avec lequel il correspondait par de petits papiers.
«     Un jour j’arrivais à la Bibliothèque avec Marcel Proust. Nous avions dîné ensemble, avenue du Bois, chez une dame qui confondait la Bibliothèque nationale et la Banque de France, une ravissante poupée d’ailleurs, et qui nous avait traités comme des Rois Mages. Le taxi, une magnifique Renault haute sur pattes et que Proust avait déniché, je ne sais où, nous déposa devant l’entrée principale. Je pensais que Proust allait descendre avec moi et feuilleter quelques curiosités en m’attendant.
 
— Non, merci, dit-il, je n’y mets jamais les pieds.
— Alors, venez fumer une cigarette, dis-je.
— Non, vraiment, je vous attendrai ici et je vous accompagnerai chez vous.
— Mais j’en ai peut-être pour deux heures d’horloge !
— Alors je viendrai vous chercher.
 
    On sait que Proust était la politesse, l’obligeance mêmes. Je le laissais partir à regret car il m’aurait été infiniment agréable de le voir examiner des bouquins ou s’emporter contre les catalogues. Mais il avait été reconnu : les vrais habitués du lieu ne pouvaient se tromper sur ses paupières tendres et sa moustache déjà célèbre dans un certain milieu. C’était bien l’auteur de Swann. Un homme s’approcha de moi, tout en cheveux et en rides, une sorte d’anachorète tout gluant de nicotine, et qui me prit par le bras :
— M. Proust préfère fouiller dans les cœurs. Ah ! comme il est pratique d’avoir du génie !
 
    Sans même me donner le temps de répondre, le vieillard s’éloigna et disparut dans la cour principale. Je m’acheminai à mon tour pour parcourir ce jour-là l’Art de dîner en ville, de Ch. Colnet du Ravel. Je ne sais pourquoi je n’ai jamais oublié ce détail. À la sortie, je vis le taxi de Proust qui m’attendait dans un coin du square Louvois. »
On trouve le texte intégral dans le recueil Merveilles de Paris, chez Fata Morgana (2008)

lundi 9 janvier 2017

10/18 : William S. Burroughs : Nova express




William S. Burroughs

Nova express

Traduit de l'anglais par Mary Beach
Adapté par Claude Pélieu

n° 662

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Christian Bourgois
Dominique de Roux
Volume double

189 pages (192 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Dépôt légal : 1er trimestre 1972


(Contribution du Tenancier)
Index

Abbaye

Abbaye : Four. (Vidocq.) — Un four est voûté comme un cloître d'abbaye.

Abbaye ruffante :  Four chaud. (Idem.) — Mot à mot : four rouge de feu. Ruffant semble dériver du latin rufus : rouge. (?)

Abbaye de Monte à Regret : Échafaud. (Idem.) — Comme une abbaye, l'échafaud sépare de ce monde , et c'est à regret qu'on monte les marches

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Abbaye : Four. Four à plâtre ; il sert de domicile aux vagabonds.

Abbaye de Monte-à-Regret : L'échafaud.

Abbaye des s'offre-à-tous : Lupanar.

Abbaye ruffante : Four chaud.

Jules Vallès : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894

(Index)

dimanche 8 janvier 2017

Trois étoiles


(Dédié à Otto en 2009... comme c'est le type d'alcool qui vieillit bien, le Tenancier persiste et signe tout en tendant son verre.)

Mystérieuse matin, midi et soir...



J’avais dix ou onze ans, je traversais alors un monde neuf dans lequel mon meilleur ami d’enfance, Vincent, venait de faire son intrusion en s’installant dans le bâtiment d’à côté. Je sautais par la fenêtre du rez-de-chaussée pour cavaler à en perdre haleine entre l’odeur de l’herbe coupée, celle des feuilles mortes encloses dans du grillage et dans lesquels nous prenions nos bains de saveurs sèches. L’automne lui-même vivifiait nos aventures ; il n’y avait nulle saison qui tenait notre perpétuelle mobilité. Seule une maladie de gosse, Zorro à la téloche le jeudi après-midi et la lecture savaient suspendre nos va-et-viens en biclou et nos écorchages de genoux. Et l’école ? L’école n’existait pas, c’était un hiatus fâcheux, une sorte de stase entre deux aventures, comme pour des astronautes dans un coma artificiel qui vivraient un rêve épouvantablement chiatique. La livraison de nos journaux de mômes suspendait également la frénésie. Vincent était abonné à Mickey. Je n’aimais pas trop, même si Guy Léclair m’aurait enchanté... mais le moyen de se plonger dans l’enchantement sur deux planches qui s’arrêtaient net. Le tourné de la page avait autant d’importance que maintenant. Vincent fut à l’école de la patience, il lisait assidûment et hebdomadairement ces aventures-là, progressant pas à pas. Non loin, Onc’ Picsou nageait sempiternellement dans sa réserve d’or sur plusieurs pages. J’étais sans doute assez cancre pour ne pas savoir attendre. Mon père rapportait un numéro de Pilote pratiquement toute les semaines, tout cela traînait au large de ma curiosité que je n’hésitais pas à rassasier... mais pour moi, c’était Pif gadget, évidemment pour le gadget d’abord, mais ceci est une autre histoire. J’y trouvais des aventures complètes, des histoires de guerre et puis les Pionniers de l’Espérance, qui ne finissait pas au bout de deux planches, et puis d’autres trucs encore qu’on se racontait à l’heure de la récré au même titre que le feuilleton qui passait la veille et que certains — dont moi — avaient pu regarder. Crevé le lendemain, rêveur près de la fenêtre, dans la forme des nuages... Et puis un jour déboula sous mes yeux Mystérieuse, matin midi et soir de Jean-Claude Forest. J’avais dix ou onze ans. J’appris par la suite que l’histoire était adaptée de l’Île mystérieuse, de Verne. J’avais été captivé par l’étrange atmosphère de ce récit de naufragés résidant dans un arbre géant. La suite n’est pas venue. Je sus bien plus tard que la rédaction de Pif en avait arrêté la publication. Restait cet inachèvement, longtemps, jusqu’à maintenant, à vrai dire. Verne faisait partie déjà de mes lectures. En fait je vivais une liberté totale dans mes choix. Pas de sourcilleux pédagogue pour me dicter ce que je devais lire, pas d’écrivains pour la jeunesse ou pour ado ! Alors Verne, malgré mes dix ans et puis l’Étoile du néant de Pierre Barbet dans un volume « à la fusée » de la collection Anticipation et puis des lectures de mômes et d’un peu moins môme que je ne lisais même pas en cachette, des livres oubliés, ou que je croise encore du coin de l’œil... Tout m’allait. Ce qui m’importait, c’était que l’histoire se termine, c’était d’arriver à bout autant qu’au bout du récit, de l’épuiser sous moi, comme un canasson rétif, comme pour racheter les remords de ne jamais avoir pu achever cette île mystérieuse et dont le roman original paraissait un succédané. Pourtant j’aimais Verne, j’aime Verne, mais le dessin de Forest, mais la magie du trait...
Le temps passa. Dix ans plus tard, à peu près, animant une émission de radio sur la SF, je rencontrai André Ruellan. Nous nous fréquentâmes ensuite de loin en loin... Et puis, à la librairie où je travaillais, qui, avant internet, recherchait des livres épuisés, je croisai Jean-Claude Forest, client de passage. Je fus sans doute trop timide et puis il y avait la crainte de proférer une niaiserie, je ne parlai pas de cela, de cette île inachevée. Dix ans s'écoulèrent encore et voici qu’André au détour d’une conversation me révèla que le titre était de lui : une prescription de toubib, en somme — ce qu’il avait été — : Mystérieuse, matin, midi et soir...
Et puis en 1997, j’édite du Jean-Claude Forest grâce à André : une autre histoire que celle qui me l’avait fait connaître, mais avec le texte d’André Ruellan. Ce fut un moment exceptionnel pour moi, détaché des contingences de l’enfance, pourtant. L’île s’estompait, curieusement, comme si au contact des deux hommes, toute espèce de nostalgie était bannie. La photo d’un billet récent ne montre rien que quatre personnes attablées à une besogne assez sommaire. C’était pourtant un moment heureux. En évoquant ce passage fugace revient à la pratique fuligineuse de cette nostalgie qui avait semblé me fuir lorsque je la vivais. L’enfance et puis ce moment-là... et je réalise que je ne lui avais jamais parlé de cette lecture inachevée, alors que peu à peu, au cours de ces années, les faits et les livres convergeaient à cette rencontre, à partir de  quelques planches publiées en 1971. J’avais dix ou onze ans... Je suis nettement plus vieux, maintenant, et je sais que je ne pourrai pas revenir en arrière, prendre le temps de dire à André, ou à Jean-Claude tout ce que j’aurais dû dire, comme il arrive pour tous ceux que l’on regrette. Qu’importe, les regrets valent mieux que les remords.
Et puis, j’ai lu, j’ai lu encore et toujours. Et, bien évidemment, je n’ai jamais repris la lecture de Mystérieuse matin, midi et soir.
Il y a bien des façons d’avoir dix ou onze ans...

samedi 7 janvier 2017

Abatage (Maison d'), Abattage

Abattage (Vente à l') : Vente sur la voie publique que les objets exposés couvrent comme si on le y avait abattus.

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Abatage : Étalage de marchandise en plein vent. Vive réprimande.

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894



Abatage (Maison d') : Maison de tolérance à gros débit.

Géo Sandry & Marcel Carrère : Dictionnaire de l’argot moderne (1953)



Abattage n.m. Commerce galant rapide, à prix fixe et de tarif modeste. S'emploie presque uniquement dans l'expression « maison d'abattage ».
Situé dans le quartier Saint-Paul, le « Fourcy », la plus illustre maison d'abattage parisienne, pratiquait jusqu'en 1939 le tarif de 5,50 F somme ainsi décomposée, comme le clamaient sans arrêt les sous-maîtresses à l'adresse des clients : « Cinq francs la dame et la chambre !... Qui donne dix sous ? Qui monte ? » Les dix sous supplémentaires étant non un pourcentage pour le service mais le prix de la serviette. Ce « prix unique » de l'amour connaissait les samedis, dimanches et jours chômés, une telle affluence de clientèle que certaines pensionnaires avenantes se voyaient en ces périodes fastes quotidiennement honorées jusqu'à soixante-dix fois. Détail : pour faciliter l'accès aux étages, pensionnaires et clients, les unes précédant les autres, devaient, dans l'escalier étroit, tenir leur droite, à la montée comme à la descente, selon les principes d'une circulation bien réglée.
Nécessairement robustes pour soutenir un effort prolongé, les pensionnaires de maison d'abattage étaient souvent fort jolies. On y reconnaissait des transfuges des maison haut cotées. En règle générale ces sujets exceptionnels se trouvaient là pour deux ou trois semaines en expiation d'une incorrection commise à l'égard de leur homme, ou encore pressés par la nécessité de remettre à flot une trésorerie compromise sur les hippodromes par l'élu de leur cœur. ○ EXEMPLE : La Léa a fait un galoup au Gros Gégène... Il l'a cloquée pour trois semaines dans une taule d'abattage.

Albert Simonin : Petit Simonin illustré par l'exemple (1968)

(Index)

vendredi 6 janvier 2017

Une historiette de Béatrice

« En fait c’est cool votre boulot, vous rassemblez des livres qu’on vous donne et vous les vendez ! »

10/18 — Karl Marx : Manifeste du Parti communiste




Karl Marx

Le manifeste du Parti communiste

suivi de
La lutte des classes

n° 5

Paris, Union Générale d'Édition
Coll. 10/18
Volume double

188 pages (192 pages)
Couverture de Pierre Bernard
Achevé d'imprimer : 23 octobre 1978
Dépôt légal : 2e trimestre 1962
ISBN : 2-264-00840-7

TABLE DES MATIÈRES

Introduction, par Robert Mandrou [5 — 8]
Karl Marx et Friedrich Engels : Le manifeste du Parti communiste (1847) [9 — 63]
       Préface de l'édition anglaise de 1888, par Friedrich Engels [11 — 17]
       Notes du Manifeste [62 — 63]
Karl Marx : Les luttes de classes en France (1848 — 1850) [67 — 188]


(Contribution du Tenancier)
Index

jeudi 5 janvier 2017

Abatis, Abattis

Abatis, Abattis : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d'animaux. — « Des pieds qu'on nomme abatis. » (Balzac) — « C'est plus des pieds ; c'est de la marmelade... Ils me coûtent joliment cher, ces abattis-là. » (Commentaires de Loriot, Auxerre, 69.) — « A bas les pattes ! Les as-tu propres, seulement, tes abattis, pour lacer ce cordage rose ? » (E. Villars)

Lorédan Larchey : Dictionnaire historique d'argot, 9e édition, 1881



Abatis : Les pieds, les mains, les membres en général. Abatis canailles, extrémités grosses, rougeaudes, massives.

Jules Valles : Dictionnaire d'argot et des principales locutions populaires, 1894



Abatis : Membres. (bras et jambes). Ex. : Numéroter ses abatis : compter ses os avant ou après un danger.

Géo Sandry & Marcel Carrère : Dictionnaire de l’argot moderne (1953)

(Index)

mercredi 4 janvier 2017

Signez ici

Lors de la présentation de l’ouvrage de Raymond Gid, une de nos lectrices assidues (il s'agit en réalité d'ARD, sur le blog Feuilles d'automne, où ce billet fut publié primitivement en février 2009) fit allusion à une mention que j’avais donnée dans le descriptif de l’ouvrage, à savoir qu’il avait été justifié par l’auteur. A juste titre, elle s’interrogeait sur le fait que la justification que je donnais ne concernait pas le contenu. En fait, en d’autres termes, il apparaissait que la disposition de la typo n’était pas alignée à droite ou à gauche — ou bien les deux —, c’est à dire justifiée, selon les termes du métier.


La justification de tirage de « Comptine pour saluer le métier de marbreur », ouvrage présenté dans un précédent billet

En effet, ici, le terme ne s’appliquait nullement à la disposition typographique mais avait un rapport avec le tirage de l’ouvrage. Pour plus de clarté, on reviendra dans un article ultérieur sur la mise en page car il appelle quelques développements qui risqueraient de nous mettre dedans. Ce serait malheureux : on vient à peine de sortir de la torpeur...
La notion de bibliophilie a toujours été accolée à celle de tirages restreints ou à tout le moins limités pour l’un de ses composants. Pour vérifier la justesse de ce tirage, on avait coutume de numéroter les exemplaires, souvent même d’y appliquer plusieurs types de numérotation selon les papiers : chiffres arabes, romains, alphabet.


Une justification de tirage de « Un Pari de milliardaire » de Mark Twain, au Mercure de France en 1925. Une numérotation toute simple, pas de déclinaison de papier puisque nous sommes ici face à une réédition.

Cette disposition pratique est encore en usage dans la bibliophilie contemporaine, elle est utilisée notamment dans les exemplaires sur « beau papier » de chez Gallimard ou des Éditions de Minuit, souvent avec une numérotation unique. Cette numérotation excite un morne fétichisme qui veut que le n° 1 ait plus d’intérêt que le dernier numéro du tirage. A notre sens, ces exemplaires se valent : même papier, mêmes couvertures et peut-être même vague ennui que procurent ces publications, sauvées parfois par leur contenu non par leur façon : offset sur vélin, brochage industriel, la belle affaire…
Mais, la bibliophilie c’est aussi autre chose, de ces livres, quelquefois aux tirages confortables, qui se font des mines en parant leurs justifications de tirage d’ajouts baroques, de signatures d’artistes, d’éditeurs, d’illustrateurs, voire des trois…
Justification, le mot est lâché, enfin.
La justification de tirage, ou colophon, est le moyen par lequel l’éditeur fera connaître la teneur du tirage : la qualité et le nombre de beaux papiers proposés, leur quantité dans chaque papier et le numéro qui insère l’ouvrage que vous tenez dans les mains dans cette série. Or, parfois, l’éditeur – ou l’auteur, ou l’illustrateur – ont pour mission d’apposer leur paraphe pour authentifier le travail de l’imprimeur : ainsi, point de double tirage (on est pas dans les lithos de Dali…) Le libraire, devant cette signature, dans le descriptif, dira ainsi que cet exemplaire a été justifié par l’éditeur, par exemple. Ce qui était le cas du livre de Raymond Gid, qui en était également l’auteur.

Justification avec la marque de l'auteur, Rachilde pour « La Jongleuse », au Mercure de France...


... avec la marque du traducteur, Henry-D. Davray, pour les « Premiers Hommes dans la Lune » de Wells, au Mercure de France

Évidemment, ce qui est possible pour une centaine d’exemplaires devient une entreprise quelque peu malaisée lorsqu’il s’agit de justifier un tirage pour le grand public. Or, ce besoin se fit sentir chez quelques éditeurs scrupuleux, désireux que chaque volume dont on avait fixé le tirage au préalable fut approuvé par l’auteur. A cette fin, ces auteurs furent dotés d’une marque personnelle apposée au colophon, lors du tirage. Cette méthode fut quelque fois utilisée aux XIXe et XXe siècles, comme le Mercure de France, Gallimard (rarement, il est vrai), la petite collection Les Introuvables, etc. Ces mêmes eurent recours bien plus souvent à la numérotation. Quelquefois, l’on trouve également la signature imprimée de l’éditeur, certifiant que l’ouvrage émane bien de son officine, précaution quelque peu superfétatoire à une époque ou les contrefaçons littéraires s’étaient estompées depuis plusieurs années.

Ces justifications de tirages du Mercure de France ont été collationnées et reproduites par Christian Laucou-Soulignac pour ses Éditions du Fourneau (plus tard : Fornax) dans l'ouvrage ci-dessus. Il a du reste récidivé pour Les Introuvables, ci-dessous.



Enfin, la bibliophilie moderne redécouvrit la signature originale pour des tirages réduits. Parfois, la justification pouvait même s’accompagner d’une phrase originale de l’auteur, d’un petit dessin, tout dépendait également de l’importance de l'ouvrage ou du projet bibliophilique. Bien sûr ces signatures ne revêtent pas autant d’importance que les envois autographes des mêmes, mais elles témoignent d’un contrat passé entre l’éditeur, l’auteur et son lecteur au terme duquel cet ouvrage a été approuvé et tiré scrupuleusement.

Justification de tirage pour « Marie Mathématique », de Jean-Claude Forest. Pour ce tirage de tête, l'auteur a à la fois apposé sa signature et son monogramme (qui est la transcription idéogrammatique de son nom)


De gauche à droite : Christian Laucou-Soulignac qui réalisa la maquette et l'impression de « Marie Mathématique », André Ruellan, co-auteur, Jean-Claude Forest, l'auteur, et le Tenancier de ce présent blog qui eut la chance de publier tout cela ! On assiste ici à la séance de signature où l'auteur compléta la justification de tirage, comme plus haut... (Cliché de Petra Werlé)
Ainsi, lorsqu’un libraire mentionne qu’un ouvrage a été  « justifié », cela signifie que vous y trouverez une signature ou une marque quelconque qui authentifiera le tirage.